CLICANOO.COM | Publié le 19 septembre 2009
Quarante-huit personnes demandaient hier au tribunal administratif d’annuler la fin de leur contrat de travail, et par conséquent de maintenir leur emploi. L’académie sert ici de laboratoire national, pour savoir si les textes français sont conformes à la directive européenne de lutte contre la précarité.
Ils étaient 48 assistants d’éducation à quémander la même chose, hier, face au buste de Marianne, entre les boiseries du tribunal administratif de Saint-Denis.
Quarante-huit personnes, en majorité des femmes, qui avaient demandé, en référé, l’annulation de leur fin de contrat. Parce qu’ils ne se résignent pas à se retrouver au chômage après avoir travaillé de longues années dans les établissements scolaires, même s’ils ont toujours su que leurs contrats étaient à durée limitée.
C’est d’ailleurs l’un des arguments qui a été rappelé, hier matin devant le juge, par Sylvette Lemaire, responsable du service juridique du rectorat. Selon elle, on ne peut parler de “brutalité” dans les fins de contrats, puisqu’il a toujours été dit qu’ils ne pouvaient être renouvelés indéfiniment. La règle reste inchangée : d’autres personnes sont ensuite recrutées sur le même poste. Cette mesure était destinée à aider des personnes à trouver un autre emploi. Mais cet argument-là, les 48 personnes n’en veulent plus. Beaucoup affirment avoir tenté des concours administratifs qui se raréfient. Et tous savent que leur expérience professionnelle au milieu des enfants, qu’il s’agisse d’informatique ou de surveillance, ne vaut rien dans une entreprise industrielle ou commerciale. Hier matin, ils ont suivi un petit cours de droit improvisé. Le président du tribunal, Jean-Jacques Louis, leur a expliqué qu’il ne pouvait, lors d’une procédure en référé, suspendre une décision pour des contrats terminés. Autrement dit : parmi les 48 “demandeurs”, ceux qui ont déposé leur dossier après la fin de leur contrat n’ont aucune chance d’obtenir une annulation de cette fin de contrat. Les autres (qui s’y sont pris avant de quitter l’établissement) verront leur cas examiné par les magistrats.
AUDIENCE LE 2 OCTOBRE
Pour tous il reste un espoir, que Sabine, assistante d’éducation, résumait ainsi à la sortie de l’audience : “Pour le traitement de fond du problème, pour la requalification des CDD (contrats à durée déterminée) en CDI (contrats à durée indéterminée), le juge nous a dit qu’il n’a pas tout seul la compétence. Il y aura donc une autre audience le 2 octobre”. Maître Chendra Kichenin, avocat de l’une des assistantes d’éducation, complète : “Il y a une directive européenne censée lutter contre la précarité”, directive qui inspire la loi du 26 juillet 2005 (lire par ailleurs). C’est sur ce texte que s’appuient les agents précaires. Il est désormais évident que la bataille juridique des assistants d’éducation pose un problème de fond. D’un côté, le rectorat de l’académie réunionnaise applique des textes précis, respectant la lettre de la loi. De l’autre côté, les agents précaires exigent le respect de l’esprit d’une législation européenne votée pour lutter contre la précarité... et appliquée ici de manière pour le moins paradoxale ! C’est bien un choix entre la lettre et l’esprit qui s’impose à la justice. L’académie réunionnaise sert, involontairement, de laboratoire national
Véronique Hummel
La loi du 26 juillet 2005
Elle porte diverses mesures de transposition du droit communautaire à la fonction publique. Chapitre III : “Lutte contre la précarité”. “Lorsque, à la date de publication de la présente loi, l’agent est en fonction depuis six ans au moins, de manière continue, son contrat ne peut, à son terme, être reconduit que par décision expresse et pour une durée indéterminée.” Pour en savoir plus :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000265767&dateTexte=
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