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Nicolas Sarkozy se sert copieusement du sport mais ne le sert pas beaucoupLEMONDE.FR | 15.12.10 | 09h14 • Mis à jour le 15.12.10 | 09h28
Parmi les surprises du remaniement, il en est une qui est passée inaperçue : la promotion du sport au rang de ministère de plein exercice. Depuis le premier gouvernement Fillon le sport se contentait d'un simple secrétariat d'Etat sous tutelle de la santé. Cette (bonne) nouvelle doit toutefois être relativisée car ce ministère sera ridiculement sous doté au plan budgétaire. Au point que cette promotion ressemble fort à un rideau de fumée destiné à cacher la misère du sport tricolore. En effet, Chantal Jouanno, la titulaire inattendue d'un maroquin qui semblait pourtant promis à David Douillet, devra se satisfaire d'une enveloppe représentant à peine 0,15 % du budget de l'Etat. Un record !
A l'analyse, on constate que depuis 2007, Roselyne Bachelot, Bernard Laporte et Rama Yade ont perdu la main face à Bercy, faute de ne pas avoir proposé de nouvelles perspectives politiques. Ils n'ont su ni s'imposer, ni défendre la place du sport dans les priorités gouvernementales. Incapables de convaincre de son importance en matière de cohésion sociale, d'emplois, d'éducation, de santé, d'aménagement du territoire et de rayonnement international de la France, ils ne sont pas non plus parvenus à élaborer cette nouvelle gouvernance que le mouvement sportif réclame depuis l'échec de la candidature de Paris pour l'organisation des Jeux olympiques. C'est principalement pour cette raison que plus personne n'est aujourd'hui capable d'identifier la cohérence institutionnelle et administrative de ce ministère. Il faut dire que depuis la nomination de Jean-François Lamour en 2002, ce ne sont pas moins de six périmètres politiques différents qui se sont succédé. Tantôt ministère de plein exercice, tantôt simple secrétariat d'Etat, rattaché à la santé ou noyé dans la cohésion sociale, marié à la jeunesse, à l'économie sociale et solidaire ou encore à la vie associative, une telle instabilité a donné le tournis aux sportifs, aux dirigeants bénévoles, aux élus locaux, aux parlementaires et aux fonctionnaires du ministère. Une évidence s'impose : il manque un "patron" au sport français. Pour s'en convaincre, il suffira de se souvenir que Bernard Laporte ne prit ses fonctions que six mois après sa nomination. Du jamais vu dans un gouvernement de la Ve République. Un secrétaire d'Etat aux sports aurait-il si peu d'importance que sa présence au gouvernement serait jugée secondaire ? Un tel dédain exprimé au plus haut niveau de l'Etat a laissé des traces. Qu'on ne s'étonne alors pas de la paupérisation préoccupante du ministère des sports, budgétairement anorexique. Dans les faits, il n'est tout simplement plus en mesure d'exercer la totalité de ses missions. La seule question qui vaille est bien la suivante : que peut-on faire avec 0,15 % du budget de l'Etat ? Songeons simplement que le montant des droits TV qu'encaissera la Ligue de football professionnel en 2011 sera supérieur au budget de Chantal Jouanno. UN VÉRITABLE RENIEMENT Pour le président de la République, c'est un véritable reniement. Qu'elles sont loin ces scènes de liesse qui virent nos sportifs victorieux défiler à l'Elysée durant l'été. Oubliées les déclarations enflammées d'un Nicolas Sarkozy qui affirma un jour sans rire à Rama Yade qu'il aurait bien aimé être ministre des sports. Enterrés les beaux discours qui le conduisirent en janvier 2009 à déclarer "j'aurai réussi ce que je veux faire de mon quinquennat si je fais avancer l'idée du sport dans la société". Effacées les promesses de campagne du mois de janvier 2007 lorsqu'il annonça que, lui élu, le budget des sports serait illico porté à hauteur de 3 % du budget de l'Etat. Abandonnée cette ambition marquée le 19 janvier 2009 à l'Institut national du sport de l'expertise et de la performance (INSEP) lorsqu'il soutint devant les athlètes français éberlués que les Jeux olympiques de Pékin n'avaient pas été satisfaisants : "Pas assez de médailles d'or, pas de femmes médaillées. Il faut que nous soyons plus ambitieux pour Londres 2012". Pour l'ambition, il faudra attendre. En effet, les aides accordées aux sportifs de haut niveau et aux fédérations dans le cadre de leurs programmes de préparation aux compétitions internationales baisseront de 5 % en 2011. A dix-huit mois des Jeux olympiques, on a connu signes d'encouragement plus appuyés ! Aujourd'hui, les sportifs déchantent. Ils ne s'expliquent pas le décalage entre des objectifs ambitieux officiellement affichés et des moyens dérisoires. Nombre de dirigeants bénévoles en viennent d'ailleurs à considérer que le président n'aspire qu'à une seule chose : "être sur la photo" entouré de médaillés sur le perron de l'Elysée. Le reste… La gestion du sport depuis le premier gouvernement Fillon est tout simplement consternante. Au manque de moyens financiers s'ajoute la destruction des emplois publics. Les services déconcentrés du ministère ont perdu leurs repères administratifs et institutionnels au point qu'ils ne savent plus où se situent leurs véritables missions. La suppression de certains Centres d'éducation populaire et de sport (CREPS) porte un rude coup à la détection et à la préparation de jeunes talents, d'autant que les Pôles espoirs régionaux peinent à survivre. En matière d'éducation, la diminution des postes d'enseignants d'éducation physique et sportive (EPS) inquiète les étudiants en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Mais le plus préoccupant reste sans doute qu'étranglées financièrement, les collectivités qui palliaient jusqu'à présent les défaillances de l'Etat sont contraintes de procéder à des arbitrages cruellement défavorables au sport. La nouvelle ministre des sports Chantal Jouanno va rapidement découvrir que le sport français est à reconstruire. Les chantiers ne manquent pas. Adapter l'offre du service public à la demande sociale, concevoir une nouvelle gouvernance en intégrant les collectivités territoriales, favoriser une plus grande autonomie de gestion du mouvement sportif, lancer une politique d'équipements digne de celle que développent nos voisins européens, redonner du souffle et du sens à une administration en souffrance, reconsidérer l'offre de formation aux métiers du sport, incarner un Etat soucieux du développement de la vie associative, en un mot : porter enfin une ambition pour le sport français. Car c'est bien d'une ambition doublée d'un projet politique inscrits dans la durée et suffisamment dimensionnés au plan financier dont il a besoin. En tout état de cause, l'impression prévaut qu'il mérite mieux que cette désinvolture affichée par un président de la République qui se sert copieusement du sport mais ne le sert pas beaucoup. Mercredi 15 Décembre 2010
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